17 Juillet 2026
La prison est un dépotoir ou l'on entasse les rebuts d'urbanité comme on stocke les déchets urbains dans une décharge. L'énorme quantité de déchets urbains et leur faible taux de recyclabilité nous oblige depuis quelques temps à trouver une solution moins politiquement paresseuse et à faible coût qui consistait à accumuler dans des dépotoirs indistinctement tous les déchets, qu'ils soient explosifs ou toxiques le tout mélangé à d'autres déchets qui pourraient etre recyclés voire réutilisé tel quel. Il en est de même avec les rebuts d'urbanité.
L’économie circulaire est le moyen actuellement favorisé pour faire face au débordement de nos décharges à ciel ouvert. Une même réflexion est nécessaire pour pouvoir aller au-delà de la paresse politique et idéologique qui préside à notre modèle de gestion des rebuts d'urbanité.
Comment modéliser l'économie circulaire pour la gestion de nos rebuts d’urbanité ?
Face à la massification des transgressions, la réponse de l’état ne peut plus etre seulement destructrice et déshumanisante.
Il faut examiner la situation des personnes incarcérées à l'aune de cette question du rapport à la règle et la question de l'activité comme seule ressource pour transformer les comportements.
Le système carcéral est contraignant là où il ne devrait pas l'etre[1] et ne l'est pas ou il serait nécessaire qu'il le soit[2]. Il est nécessaire de reconfigurer la manière dont on organise les modes de gestion des systèmes de contrainte pénitentiaire. Ce n’est pas forcément une question de cout économique mais plutôt une question de paresse politique, un manque de vision et d’analyse qui réduit l’action de l’état à une punition désocialisante qui sert à montrer que seul l’état a l’autorité légitime.
On peut faire d'un cout social qu'est la prison un outil de réparation sociale et un outil de production et un moyen de réparer à cout réduit les cout environnementaux des dégâts de notre économie bien plus prédatrice que ne sera jamais aucun de nos délinquants.
Une prison qui se contente d'enfermer provisoirement permet d'éviter momentanément les nuisances mais ne fait que repousser le problème dans le temps. Elle ne résous rien, bien au contraire, elle reproduit les inégalités sociales en les amplifiant.
Pour fonctionner à moindre cout le système carcéral utilise la bonne conscience, la volonté de bien faire du personnel pénitentiaire. Le gout du travail bien fait ou la peur du conflit avec les détenus conduit le personnel à effectuer un sur-travail gratuit ou peu rémunéré qui réduit les couts institutionnels et produit un rapport cout/résultat intéressant. Mais ce sur-trvail a un cout humain important et génère une fatigue de l'engagement qui conduit à multiplier les accidents sociaux (maladie, démission, perte de l’engagement, désinvestissement de la charge mental...)
L’oisiveté est mère de tous les vices
L’environnement carcéral met les détenus dans une situation où ils perdent la possibilité de prendre d’une manière autonome des décisions d'action pour les actes de la vie quotidienne.
Ne pas pouvoir/vouloir agir conduit à retourner vers soi/contre soi l'énergie vitale faute de pouvoir l'investir dans une activité. Cette énergie destinée à agir pour transformer son monde et construire son identité et l'amour de soi, devient autodestructrice quand elle ne peut s’investir sur l’extérieur. C’est souvent parce qu’il n’a pas su/pu investir son énergie à l’extérieur qu’un individu produit des comportements destructeurs autant qu’auto-destructeur. C’est ce que l’on constate dans la psychologie des personnes qui produisent des actes sociaux aberrants que ce soit dans les fusillades intempestives dans les écoles comme on le voit de plus en plus souvent dans le monde occidental ou que ce soit le terrorisme.
. D'une manière générale la santé psychique d'un individu repose sur sa capacité investir son monde pour le transformer. Il trouve par cet effet de transformation de son monde la preuve qu'il existe. Ce qui lui permet de se construire narcissiquement.
Pour beaucoup l'exclusion sociale s'explique par cette impossibilité a porter vers l'extérieur cette énergie faute de connaitre les règles du jeu social, principalement lorsque l'éducation n'a pas joué son rôle structurant des capacités d'intervention sur le monde et l'apport culturel nécessaire a évoluer dans la société.
L'enfermement est un contexte qui conduit à développer une grande capacité à nier ses besoins et ses désirs, à s'interdire de les ressentir et de les actualiser ou du moins à chercher à le faire d'une manière consciente. Bien souvent ces besoins s'expriment avec violence principalement en cas de conflit interindividuels ou quand la personne vit un conflit cognitif ou une dissonance cognitive. S'installe alors un processus du type traumatisme/ résilience ou la personne va se perdre dans un imaginaire de toute puissance et en même temps elle ne peut plus mettre en œuvre des stratégies rationnelles de recherche de satisfaction de ses besoins qui soient réalistes.
Comme bien souvent dans l'éducation judéo-chrétienne la personne est condamnée à etre qui on veut qu'elle soit, perdant sa capacité à chercher qui elle est, sa raison d'etre. Elle ne s'expérimente plus au monde et ne peut donc plus se trouver. La sortie d'incarcération est marquée d'une habitude à nier ses besoins et de cette perte de capacité à se chercher. En ce sens l'enfermement peut apparaitre comme un moyen de renforcer les inégalités entre ceux qui vont pouvoir les réactiver rapidement et ceux qui sont incarcérés justement parce qu'ils n'ont pas pu mettre en œuvre des capacités à se trouver et pour lesquelles l'enfermement renforce l'habitude.
Il est nécessaire de passer d’un agir empêché, source de souffrance, a un cadre de contrainte permettant de développer un agir structuré et structurant. Structurant en ce qu’il permet le développement de comportements socialement acceptables : Engagement, respect de soi et des autres, capacité à négocier, a se réguler etc…. Le support travail/ activité de production est utile à ce projet à condition qu’on l’accompagne avec le projet de mettre du sens sur autre chose que la performance de production.
Il est nécessaire de développer un mode d’action qui chercherait autre chose que la rédemption par la souffrance consisterait à développer des démarches de sociothérapie : Des mises en situations de travail dans un environnement structuré et orienté par une intention éducative. Un contexte d’action ou le prévenu peut avoir l’impression de racheter sa faute[3] , payer sa dette. Une action qui vise à transformer les comportements par l'action. C'est sur la base de ces actions sur les comportements qu'on peut envisager de transformer les valeurs, les croyances, les habiletés relationnelles la capacité à s'engager construire un projet élaborer des conduites de détour maintenir un objectif... C'est par la répétition de rituels nouveaux dans des rythmes différents qu'on peut envisager une transformation profonde des personnes.
Saint Exupéry disait justement : « tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé » c’est vrai pour son animal de compagnie mais ce n’est pas tout, je rajouterais : « A contrario tu n’es pas responsable de ce que tu n’as pas apprivoisé : Ta violence, tes peurs, tes colères mais aussi le poids de tes paroles, tes intuitions, mais aussi et surtout si tu n’as pas apprivoisé les règles de la vie sociale et des relations humaines tu ne peux pas etre seul responsable de tes transgressions même si tu es le seul coupable a etre jugé». L’enfermement oisif ne permet pas d’initier un tel travail d’appropriation. Un travail d’acceptation consciente des règles de la vie. C’est la condition de sa liberté. La liberté de parole passe par l’acceptation des contraintes du langage. Je ne peux pas exprimer une idée si je n’ai pas les mots et la grammaire qui va avec. Il en est de même pour les règles de la vie en société : il faut les connaitre et les accepter. C’est théoriquement la fonction de l’éducation ou plutôt de l’instruction publique mais la faillite du système éducatif laisse dans le dénuement intellectuel une grande part de la population qui se retrouve incarcéré et donc dans une situation qui renforce ce dénuement.
C’est en mettant les individus dans un cadre de contrainte structurant qu’on aura une opportunité de les aider à transformer leurs comportements et donc leur savoir-etre sociaux, pour leur permettre de mieux exister dans la société. L'agir empêché qui caractérise la situation carcérale enfonce l'individu dans une dépression et un sentiment d'impuissance qui conduit à un sentiment d'inexistence, quand l’action lui permet de dépasser son état dépressif.
L’activité empêchée n'est pas rédemptrice bien au contraire, elle est source de souffrance
Seule l'activité contrainte peut etre thérapeutique et peut permettre de dépasser certaines difficultés liées aux failles de la socialisation.
Une activité organisée par une intention d'éducation à la socialité, peut permettre d'espérer qu'un changement de comportement et l'évolution de l'idéologie de l'individu.
« La puissance d'agir accroit la puissance d'exister. L'action est comme la nature même de l'homme, sa seule essence. La passivité signe d'impuissance donc d'insatisfaction » (spinoza l'éthique IV). Combattre l’état dépressif latent et permanent que produit l’oisiveté en amenant « la joie qui s'accroit naturellement quand la puissance d'agir est son corollaire la puissance de penser se développe chez l'individu » (in petit traité de vie intérieure F. Lenoir P 43)
Une première réflexion serait nécessaire a propos des compétences cognitives et comportementales développées et celles inhibées par la situation carcérale.
Intuitivement, et d’un premier regard « clinique » on peut a priori faire l’hypothèse que le cadre de contrainte qu’est la situation d’incarcération en maison d’arrêt a un effet inhibant sur certaines compétences socialement nécessaires comme décider, choisir, prendre le risque de la relation, prendre le risque de se tromper sans pour autant etre en danger etc…..
Cette même situation d’incarcération a un effet stimulateur sur des compétences comme autocensure, capacité de déni de la réalité, capacité à différer la satisfaction de ses besoins vitaux, de garder le silence.
Le cadre de contrainte du centre de détention exercera aussi une influence sur les compétences développées et inhibées par l’incarcération. Même si l’influence sera différente d’un individu a l’autre en fonction de ses ressources culturelles et de ses capacités d’initiative, le contexte carcéral devrait pouvoir nous permettre d’avoir une première approche de cette question de ce qu’il permet et interdit en matière de comportement, de ce qu’il développe ou inhibe en matière de compétence. Un premier travail de recherche pourrait etre envisager qui tenterait de mettre en lien le système de contrainte qu’est l’environnement carcéral et les compétences développées et celles inhibées.
De la même manière il serait intéressant de se poser la question de savoir quel contexte, quel cadre de contrainte serait favorable au développement de compétences cognitives et comportementales qui faciliterai l’insertion et éviterai la désocialisation. Quel contexte de travail permettrait de développer par l’action ces compétences sociales pour structurer des comportements socialement acceptables :
On pourrait arriver par cette approche à désengorger les lieux d’incarcération, voire a en diminuer le nombre, pour créer des instances de socialisation par la contrainte qui aident a se reconstruire plutôt que de favoriser la désocialisation et la déshumanisation.
On peut sans doute aussi imaginer de donner à la fonction SPIP un rôle plus éducatif et accompagnant, proche de l’éducateur de rue qui pourrait etre « l’œil de Caïn » de la société pour des individus qu’on peut éviter de désocialiser.
On peut les mettre dans des environnements structurés par une intention éducative et qui propose des activités utiles réparant les erreurs. Mais il est aussi possible d’apporter un accompagnement spécifique a des personnes maintenues dans leur environnement social.
Quand on voit comment le fait d’etre découvert peut représenter une libération pour certains criminels pathologiques, enfermés dans leurs obsessions, on peut penser qu’etre dévoilé, etre vu et etre sous observation, peut etre une ressource de changement.
Faute d’un système d’auto-contrôle interne qui lui permettrait de choisir d’abandonner ses comportements il a besoin de « se faire interdire » comme on se fait interdire de jeu au casino.
L’enfermement désocialisant de la prison n’apporte en aucun cas une réponse a ce besoin. Bien au contraire il condamne le prévenu a recommencer a la sortie d’incarcération ou il a macéré dans sa culpabilité et perdu tous ses repères sociaux. Abandonné dans sa solitude n’ayant élaboré aucun système d’auto contrôle, exclu, il ne peut que replonger dans ces difficultés. Le dévoilement de la transgression, sa socialisation (mise en visibilité sociale) a plus d’effet réparateur que l’enfermement.
[1] Produisant de l’agir empêché désocialisant et source de souffrance
[2] En mettant la personne incarcérée dans un cadre d’action :
[3] si on veut rester dans une idéologie judéo-chrétienne