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Diversité, productivité et reproductivité

 

 

La recherche de la productivité passe par une rationalisation des couts qui consiste pour l’essentiel à contrôler et anticiper au mieux sur les résultats en supprimant toutes formes de perte ou tout ce qui pourrait freiner ou grever le résultat.

Dans le monde agricole cette recherche de productivité s’est manifestée par une sélection drastique des semences et l’utilisation de produits chimiques qui ont comme fonction de supprimer tout ce qui n’est pas au service immédiat de la production et qui fait baisser la productivité. On cherche la meilleure semence pour le moins cher possible.

On mesure avec l’expérience la catastrophe dans lequel nous nous sommes mis tout seul en choisissant de procéder ainsi.

 

 

POURQUOI LA QUESTION DE LA BIO DIVERSITE EST-ELLE SI IMPORTANTE ?

Depuis quelques temps il est devenu de bon ton de s’indigner de voir des espèces disparaître, mais l’indignation n’a pas réussi à freiner la recherche pragmatique d’une rentabilité à court terme. Pendant la contestation le pillage de la nature continu. Les objectifs de la cop21 de  l’accord de Paris n’ont été atteint et on n’a jamais autant pollué et détruit la biodiversité. La révolte des benêts rouges ou des gilets jaune n’a pas pour but d’agir sur la qualité de l’environnement, mais apparaissait plutôt  comme une  revendication de pouvoir polluer encore et toujours plus.

 

Mais en fait la question de la disparition de la biodiversité n’est pas juste une question morale. Mais bien une question d’économie à moyen terme.

La question de la biodiversité est directement liée à la question de la reproductivité. La capacité de régénérescence de l’environnement

On constate qu’il y a un lien direct entre diversité et reproductibilité[1].

L’histoire récente des terres agricoles exploitées industriellement permet de comprendre comment la disparition de la diversité est la première source de l’épuisement de la reproductibilité des sols. Les produits phyto-insanitaires ont servit à booster la production du temps ou la diversité existante permettait encore la reproductivité des sols. On a pu profiter ainsi d’une productivité élevée. Tout ce qui ne servait pas directement la productivité est alors considéré comme néfaste : « des mauvaises herbes »

Mais on constate que le choix de faire disparaître la diversité a mis en danger la reproductivité des sols.

Ces constats qu’on fait dans le monde agricole sont peut être à faire aussi dans d’autres secteurs. 

 

REINSTALLER LA SOCIO-DIVERSITE

 

Avec la limite qu’à une métaphore, on peut se demander si les dangers de la perte de la biodiversité ne sont pas comparables aux dangers de la perte de la socio-diversité. Des cités dortoirs loin du lieu de travail et éloigné du lieu de consommation ont la même fonction de rentabiliser au maximum les espaces en les spécialisant au maximum. Le choix de créer des espaces dédiés à des activités spécifiques pose le même problème que la rationalisation des espaces agricoles[2].

 

De la même manière, investir sur des élites comme on sélectionne des graines, sélectionner les espaces d’activité, faire baisser les couts   sociaux comme on chasse les couts cachés dans le travail ou qu’on élimine les « mauvaises herbes », toutes ces tentatives de rationalisation finissent par épuiser les capacités de ressourcement des collectifs.

 

Comme la dégradation de la biodiversité épuise la reproductivité des sols, la dégradation de la socio-diversité épuise l’engagement social et la pratique de la citoyenneté, la capacité d’intégration et d’adaptation. La disparition des grands intégrateurs[3]produit des générations d’exclus, par manque de compétence d’interaction sociale avec une société organisée et structurée.

Si de nombreux secteurs d’activité comme le BTP ou la restauration ont du mal à recruter c’est en partie parce que les capacités d’engagement et les compétences d’interaction sociales cohérente avec les intérets du système sont absentes. 

Quand on ne connaît plus son voisin, on ne voit plus travailler les personnes, on ne connait les autres que par l’intermédiaire d’internet, la compétence construire des interactions sociales ne se construit pas ou se défait rapidement et les capacités d’engagement et d’interactions sociales se délite.

 

 

Pour aller plus loin dans la métaphore, (tout en réaffirmant sa limite), on peut penser que les systèmes d’aide à la recherche d’emploi et à l’insertion fonctionnent comme les produits chimiques de l’agriculture : ils boostent l’insertion au monde du travail tant que les capacités d’engagement et les pratiques de la citoyenneté ne sont pas épuisées (ce qui était le cas jusqu’à la fin du siècle dernier) elles pallient la baisse de l’engagement pour au bout du compte ne plus pouvoir empêcher l’exclusion. La chimie de la terre a atteint très rapidement son pic d’efficacité. Mais on a mis du temps à se rendre compte à quel point son cout en terme de rentabilité et de santé public a depuis longtemps dépassé les bénéfices. Sauf pour les producteurs des produits phyto-insanitaires bien sur.

Cette stratégie autophage est une catastrophe[4]à moyen terme à laquelle nous conduite l’apocalypse[5]que nous vivons.

 De la même manière que la mise en coupe réglée de la nature pour des raisons de rentabilité à court terme détruit la reproductivité, la mise en coupe réglée de la société pour des raisons de rentabilité à court terme détruit la reproductivité de l’engagement social et de la capacité à vivre ensemble. 

Quand je mets tout mon argent disponible pour m’acheter une voiture avec laquelle je vais passer des heures dans les embouteillages pour aller au travail à un bout de la ville aller faire les courses à un autre bout de la ville pour rentrer chez moi à un autre bout de la ville, ce n’est pas propice à construire une vie sociale harmonieuse.

 

Mais le problème de la sociodiversité comme le problème de la biodiversité n’est pas simple.

Si je laisse une terre en jachère pour qu’elle se régénère elle ne produit rien. Si on laisse des communautés s’organiser, l’état ne contrôle plus rien et ne tirera que peu de choses de ces communautés en terme de revenu et de sécurité.

L’histoire de notre dame des landes en est une excellente illustration. Laisser s’installer une communauté incontrôlable est inacceptable pour un état de droit aussi jacobin que l’est le notre. C’est notre incapacité à lâcher le contrôle qui interdit que se réinstallent la diversité et donc la reproductivité.  Du moins tant qu’on n’apercevait le bout de nos ressources naturelles.

 

Au fond c’est l’obsession de la rentabilité a court terme de l’économie et la volonté centralisatrice de l’état qui nous a conduit à cette situation. Depuis des décennies l’état à peu à peu abandonné sa mission principale qui est de mettre dans une temporalité plutôt longue la tendance des industries à chercher le bénéfice à court terme. Sa mission de voir au delà de ce qui paraît pour prendre en compte les conséquences à moyen/long terme  des modes de production. 

On n’a pas fini de mesurer la posture absurde qui consiste à dire qu’un état peut être gouverné comme une entreprise et qu’un bon chef d’entreprise fera un bon président 

 

La question est donc de savoir ou mettre le curseur dans la problématique productivité/reproductivité

Jusqu’à maintenant la richesse de la nature nous a autorisé à privilégier la productivité parce qu’il y avait encore « du gras » en matière de reproductibilité. Mais ce n’est plus le cas :

Comment aller vers une productivité qui laisse la place à la reproductivité ?

 

Revenir à une socio diversité écologique dans le sens premier du terme peut paraître d’un cout élevé. De toutes les façons il faudra payer la note. Mais la question est : Comment permettre aux plus pauvres de ne pas être les dindons d’une farce qui remplirait seulement les choux gras des plus riches.

 

LIEN INCLUSION SOCIODIVERSITE

 

L’émergence de la question de l’inclusion n’est peut être au fond qu’un discours sur cette nécessité de réinstaller une certaine sociodiversité

 

 

Les changements à venir ne sont peut être pas un simple problème de cout mais  une question de déplacements des coûts. 

 

Pendant des années on a fait baisser les prix de l’alimentation en même temps que la qualité en industrialisant ce secteur. Cela a incité les familles à investir dans leur habitation. Les conditions de logement ont radicalement changé depuis les années 60 en France, et le cout apparemment faible de l’énergie a installé une certaine culture du gâchis dans ce secteur. Gâchis de l’énergie électrique gachis de matériaux non recyclables etc. De plus l’inflation des prix du logement en France a fini par rendre inaccessible les logements dans certaines zones comme les grandes villes.

La question qui se pose à nous est donc d’effectuer de nouveau un transfert d’investissement de l’habitation à l’alimentation. Un transfert de rééquilibrage. un transfert vers plus de qualité.

Comment déplacer les couts ? Quels investissements vont permettre de reconstruire un équilibre cohérent avec un certain équilibre écologique entre production et reproduction ?

Réintroduire sociodiversité et biodiversité réinstaller un commensalisme et une coopération source d’interaction sociale et donc d’intégration.

C’est ce qui est en germe dans des actions comme notre dame des landes ou dans les fermes urbaines. Le rôle de l’état est bien d’être attentif à ce qui est en germe dans ces nouvelles pratiques sociales et comment elle préfigure un modèle social durable et responsable.

 

 

LA FACE CACHEE DE L’AUTOMATISATION DES ACTIVITES.

 

Désengagement citoyen et robotisation.

Dans les années 50 on voyait l’arrivée des robots comme le moyen de développer une civilisation des loisirs.

Mais on avait négligé que l’intégration dans la société et donc le développement des capacités d’interaction sociales et d’engagement se faisait grâce à la contrainte des grands intégrateurs et notamment le travail. On n’avait pas pu imaginer que cette automatisation des activités humaines a plutôt eu comme conséquence un désengagement citoyen.

L’école l’armée l’église le travail étaient des lieux ou les relations interindividuelles pouvaient se structurer et ou les humains apprenaient à vivre ensemble. L’automatisation du travail et les réseaux sociaux ont levé cette contrainte et l’intégration des jeunes générations, le développement de leurs capacités  à vivre ensemble dans le projet de contribuer au bien commun, a été largement compromis

De plus l’automatisation produit immanquablement une certaine perte de compétence. Remplacer l’expérience individuelle par l’expertise machine dépossède l’individu de la nécessité de construire son expérience, de progresser, d’apprendre. Si un drone relié à une tablette est capable d’indiquer à un paysan quelle quantité d’engrais il doit mettre et ou précisément, on n’a plus besoin d’un paysan mais d’un pilote de drone. Un stagiaire fait l’affaire.

Mais la conséquence de cette automatisation est aussi la perte de l’éthique. Un paysan n’a pas intérêt à mettre n’importe quoi dans sa terre s’il veut qu’elle dure quelque année. Un système expert programmé pour toujours plus de productivité ne se pose pas cette question. Et comme le pilote de drone n’est pas non plus légitime pour se la poser, il y a toutes les chances pour qu’un risque éthique se produise.

 

La parcellisation à outrance des activités, l’automatisation de tous les secteurs de l’activité humaine a largement dépassé son pic de profitabilité. Les couts sociaux et humains commencent à grever largement cette profitabilité.

Le désengagement des individus les difficultés à construire de l’expérience assèche possibilité de faire communauté.

Refaire communauté reconstruire de la capacité à construire son expérience dans la relation au monde réel est une des conditions d’un redéploiement de la citoyenneté.

Le désengagement des individus dans les élections n’est qu’un observable du désengagement des individus dans la contribution au bien commun. Le vote n’est qu’une forme parmi tant  d’autres de la pratique de la citoyenneté. La survit de la démocratie n’est pas liée à la qualité des hommes politiques et leurs programmes. 

Elle est liée à l’existence d’un tissus très dense d’occasion de pratique la citoyenneté.

 

 

Le besoin de faire communauté et de s’engager ressurgit dans des projets citoyens écologiques (circuit court jardins urbain). Au delà de l’aspect économico-écologique les citoyens cherchent peut être à retrouver une raison, un support à leur besoin d’engagement frustré par l’automatisation des activités. 

Cette transition est difficile comme tous les passages à l’autodétermination :

Les contraintes auxquels étaient soumis les individus de la société industrielle étaient pour une bonne part des contraintes extérieures. L’intégration se faisait donc bien, mais dans une certaine hétéronomie.

Voir diminuer les contraintes extérieures  crée du désengagement mais en même temps rend triviale la nécessité de se réinventer des contraintes. Et la liberté ce n’est pas l’absence de contraintes, mais la possibilité de choisir ses contraintes. En ce sens cette crise du travail est une opportunité de reconstruire de l’intégration dans un projet d’autonomie des individus. Mais pour que cette opportunité se réalise, il faut qu’il soit porté par une volonté politique qui entérine cette évolution et qui l’accompagne par un projet de société en cohérence avec ce chemin d’autonomisation

 

 

 

[1]voir les vidéos de D. Bourguignon microbiologiste des sols sur youtube qui montre comment l’agriculture industrielle a anéanti la capacité de reproduction des sols. Il note notamment qu’on est passé de 2 tonnes de vers de terre à l’hectare à 100 kilo.

[2]On pourrait avoir la même réflexion avec la gestion du temps. Ce n’est que récemment avec la société industrielle qu’on a spécifié l’utilisation du temps dans une France à 95 % agricole il n’était pas question de distinguer, le temps de formation le temps de travail, le temps de repos et le temps de la retraite

[3]Yves Barrel

[4]catastrophe. Nom formé à partir d'un mot grec« katastrophê » qui signifie "renversement" (nom lui-meme dérivé du verbe "strepho" / tourner) et passé ensuite en français par l'intermédiaire du latin.

 

[5]Dans son sens premier de prise de conscience, découverteDu grec ancien ἀποκάλυψις, apokálupsis, nom grec signifiant « action de révéler », dérivant lui-même de apokaluptein, « découvrir » ou « dévoiler ».

 

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